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22 milliards d’euros de charges : Stellantis revoit sa stratégie électrique de fond en comble

La situation financière de Stellantis

La stratégie d’électrification de Stellantis tarde encore à porter ses fruits : le groupe annonce en conséquence provisionner 22 milliards d’euros de charges. La situation nord-américaine est particulièrement préoccupante.

Stellantis, le tentaculaire groupe franco-italo-américain aux 14 marques automobiles, a annoncé vendredi 6 février son intention de passer dans ses comptes une provision (c’est-à-dire une charge enregistrée pour anticiper une future perte financière) de 22 milliards d’euros, qui reflète "l’impact d’une surestimation significative du rythme de l’électrification, qui nous a éloignés des besoins, des moyens, et des préférences réelles de nombreux clients". En d’autres termes, Stellantis est en difficulté avec ses ventes de modèles 100 % électriques, et prévoit, en conséquence, un écart de 22 milliards d’euros entre les objectifs de vente qu’il s’était fixés et les résultats qu’il s’attend à obtenir. C’est beaucoup plus que les montants provisionnés par ses principaux concurrents pour les mêmes raisons : 5,1 milliards d’euros pour Volkswagen, 7,1 milliards d’euros pour General Motors et 17 milliards d’euros pour Ford.

Des ventes de modèles électriques moins importantes qu’espéré

Sous l’ère de l’ancien patron Carlos Tavares, Stellantis s’était en effet fixé des objectifs plus qu’ambitieux : vendre exclusivement des modèles électriques en Europe dès 2030, et pour moitié en Amérique du Nord passée cette date. Premier problème : en Europe les ventes progressent (+29,7 % en 2025) mais, avec 19,4 % de parts de marché (PDM), nous sommes encore loin du compte. Les acheteurs sont encore largement attachés à la technologie thermique, et préfèrent pour l’heure se tourner vers une solution hybride (+33,4% pour les hybrides rechargeables, +12,4 % pour les full hybrides) plutôt que vers un modèle uniquement à batterie. 

C’est encore plus problématique dans la catégorie des véhicules utilitaires : Stellantis est le leader incontesté du continent avec 28,6 % de PDM , où les ventes de modèles électriques n’atteignaient que 11 % l’année dernière. On peut aussi reprocher à Stellantis de ne pas proposer de modèles électriques (particuliers comme utilitaires) fonctionnant en 800V, un prérequis devenu indispensable pour les acheteurs européens, cette architecture conditionnant une vitesse de charge expéditive.

Des choix incompréhensibles en Amérique du Nord

Mais le problème ne vient finalement pas tant de l’Europe. C’est en fait surtout aux États-Unis que Stellantis est en difficulté. Jeep, RAM, et Dodge, les trois plus grandes marques du groupe là-bas,  sont en effet ses poules aux œufs d’or car elles vendent traditionnellement de grands modèles (segments D, E et F) là où les marques européennes sont essentiellement cantonnées aux segments inférieurs (A, B et C). Carlos Tavarès avait profité de l’Inflation Reduction Act, une politique mise en place par le président Joe Biden pour faciliter la transition vers les énergies propres, pour accélérer le développement de modèles électriques dans le pays. 

Cela s’était fait à grands coups de suppressions de modèles (Dodge Charger et Challenger, RAM 1500 TRX, Chrysler 300C, Jeep Cherokee…), et par la mise au rebut du mythique bloc V8 HEMI. Si l’on ajoute à cela la fin de l’aide à l’achat de 7 500 dollars pour un modèle électrique décidée par Donald Trump, on comprend pourquoi le cocktail américain a été aussi explosif. Mais il y a du mieux, fort heureusement. Sous la houlette du nouveau patron Antonio Filosa, le V8 a fait son grand retour, le Cherokee et la Charger aussi, et le plan produit a été revu pour poursuivre le développement de modèles thermiques dans le pays. 

Les 22 milliards de provisions pour dépréciation sont finalement une conséquence des politiques menées par l’ancienne gouvernance du groupe, une étape malheureusement nécessaire pour amorcer le nouveau plan stratégique voulu par Filosa, et permettre à Stellantis de retrouver le chemin du succès, essentiellement en Amérique du Nord.

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