Douvrin : l’usine aux 52 millions de moteurs ferme après 57 ans
La Française de Mécanique, devenue Stellantis Douvrin, a fermé définitivement le 30 octobre 2026. En 57 ans, ce site du Pas-de-Calais a produit plus de 52 millions de moteurs, du V6 PRV au 1.2 PureTech.
En 1969, deux rivaux font cause commune. Peugeot et Renault fondent la Française de Mécanique à Douvrin, à cheval sur Billy-Berclau. Ils veulent mutualiser la fabrication de leurs moteurs et offrir un avenir industriel à un bassin minier qui voit ses puits fermer un à un. La fonderie démarre en 1971, et les premiers moteurs X suivent un an plus tard. Dans les années 70-80, l’usine tourne jour et nuit : jusqu’à 6 800 personnes y travaillent et 10 400 moteurs en sortent chaque jour.
Du V6 PRV au TU, des moteurs qui ont fait rouler la France
Douvrin a assemblé quelques blocs devenus célèbres. Le V6 PRV, partagé entre Peugeot, Renault et Volvo, a même fini sous le capot de la DeLorean DMC-12. Le moteur J, lancé en 1977, y a gagné le surnom de « moteur Douvrin ». Mais le vrai best-seller reste le TU. Apparu en 1986, ce quatre-cylindres essence a équipé des générations de Peugeot et de Citroën, de l’AX à la 206 en passant par la 205. Plus de 15,6 millions d’exemplaires sont sortis du site jusqu’en 2013.
Une fin programmée depuis des années
Renault quitte l’aventure en 2013-2014, ce qui laisse PSA seul propriétaire avant l’intégration dans Stellantis. Les volumes fondent ensuite, car une large part de la production PureTech est confiée à l’usine hongroise de Szentgotthárd. Le 1.5 BlueHDi (DV5) s’arrête fin 2025, le 1.2 PureTech (EB) en 2026. L’assemblage cesse en juillet, et les dernières opérations d’usinage le 30 octobre. Stellantis ne renonce pas pour autant au thermique : ses moteurs essence et hybrides restent produits dans d’autres usines du groupe.
ACC prend le relais, mais pas pour tout le monde
À deux pas se trouve la gigafactory ACC, coentreprise de Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies, inaugurée en 2023. Elle fabrique des cellules de batteries pour voitures électriques et devait accueillir en priorité les salariés de Douvrin. En trois ans, seuls 348 l’ont rejointe, car produire des cellules n’a pas grand-chose à voir avec l’usinage de pièces moteur. La CGT dénonce de nombreux refus d’embauche, tandis que Stellantis met en avant ses dispositifs de mobilité interne, de mobilité externe et de départs seniors. L’usine née pour remplacer le charbon s’efface aujourd’hui devant la batterie.